Sensa

Ma Señsa, ma belle Señsa.

Je me souviens de cette nuit, un appel, encore un chat ramassé sur la route, en piteux état.

Je me lève, je viens, je ne suis pas payée, peu importe, un chat souffre, je serais là. Et te voilà dans mes bras !

Tes pattes arrières ne répondaient plus, mais quelle force, quelle volonté ! Tu m’as toujours épatée, rien ne t’aurait arrêté.

Toute maigrelette mais avec une volonté de fer, tu te hissais avec tes pattes avants, sortait seule de ta cage et suivait les autres, comme si de rien n’était.

On a investi dans un chariot pour toi et tu roulais, roulais. Tu réussissais à en sortir seule et à te poser dans les meilleurs couchettes.

Tes séances de rééducation, tu n’aimais pas trop ça, sauf quand tu étais contre moi et que je te massais. Ta tête contre mon cœur, tes pattes avants encerclaient mes bras et tu suivais mes gestes pour remuscler tes grandes pattes arrières. Quels beaux moments de tendresse partagés, quel douceur et quel regard franc de reconnaissance. Tes grands yeux bleus exprimaient tout ce qui faisait que tu étais toi. Ta souffrance, ton courage, ta douceur, ton amour et ta détermination.

Tu étais tellement forte que tu as même remarché, ce jour là mes larmes coulaient toutes seules, des larmes de bonheur pour une fois. Te voir courir c’était une telle récompense pour nos efforts, les tiens et les miens.

Je  n’arrive pas à croire que c’est déjà fini.

Un jour tu es retombé sur le côté, tu n’as pas laissé tomber pour autant et ce jour là je ne savais pas que ce serait bientôt la fin, mais ton état c’est doucement dégradé et cette semaine tu n’étais pas au mieux. Tu nous avais déjà fait peur, jamais je n’aurais imaginé que cette fois là c’était mes derniers instants avec toi.

Tu avais tellement bien mangé ce soir là, je ne me doutais pas … Si j’avais su, je serais restée là, j’aurais passé ma journée avec toi, j’aurais passé ma nuit à te regarder, à te caresser. Pour que tes derniers instants ne soient que douceur. Je ne saurais jamais ce que tu as vécu avant de tomber sur moi, tes yeux exprimaient parfois beaucoup trop, je n’osais pas m’aventurer à imaginer ce qu’ils avaient vu, ce qu’ils avaient vécu.

Tes grands et beaux yeux bleus vont me manquer, ton expression, tes câlins, ta confiance.

Tu vas me manquer ma belle combattante, tu as été un bel exemple de courage.

Chaque fois que je douterais tu seras là pour me pousser, tu m’as appris que quoiqu’il arrive, seul le moral compte, et qu’avec peu on peut faire beaucoup.

Tes grands yeux bleus, ton petit corps tordu et maigrichon, ton appétit vorace, ta joie de vivre, ta force.

La mort t’a emporté, mais elle a laissé ton souvenir dans mon cœur. Ton souvenir impérissable. Je sens ton courage encore avec moi. C’est comme si j’avais récupéré ta force pour la transmettre à d’autres, comme si tu me l’avais confié pour qu’elle ne soit pas perdue.

La mort vous emporte souvent, et c’est chaque fois un bout de mon âme qui s’égratigne, mais quand elle t’a pris, elle m’a mis à genou.

Mais comme toi je me suis relevée. Mon cœur  voudrait rester à terre parfois, mais à terre je ne servirais plus, et ce combat serait fini. Alors je te dis au revoir toi que j’ai aimé tendrement et je me relève parce que d’autres sont toujours là, d’autres grands yeux qui racontent la souffrance m’attendent. Et je saurais leur transmettre ta force de vivre.

A toi, ma Señsa.

Coût pour l’association :

Chariot : 220 €

Frais des soins nécessaires pendant 5 mois : 50 €